La Fracture
Posted on
Selon la légende, il y a eu une version de six heures de [*The Divide*](https://www.londontheatredirect.com/fr/play/2810/the-divide-tickets.aspx), l’entrée tardive d’Alan Ayckbourn, à 78 ans, dans le genre dystopique Young Adult. Certains participants au Festival d’Édimbourg ont même affirmé l’avoir vu. En regardant cette production révisée, à peine trois heures quarante-cinq minutes en moins, il est difficile d’imaginer les extensions.
En rentrant chez vous, vous pensez que peut-être Ayckbourn, le grand vieux coq du théâtre britannique, visait quelque chose qui ressemblait à une grandiosité shakespearienne – une tragédie mettant en scène un couple d’amants croisés ; un texte qui dit quelque chose sur la toxicité croissante et la méfiance entre les sexes à la lumière des disputes autour du sexisme quotidien, de l’inégalité salariale, et bien sûr du récent discours « Metoo » qui a transformé les réseaux sociaux en un catalogue d’accusations d’agression sexuelle.
Ce que nous obtenons est sans poids ; une pièce, ou « récit pour voix » comme la publicité de [l’Old Vic](https://www.londontheatredirect.com/fr/venue/60/old-vic-theatre.aspx) la décrit de manière absurde, dépourvue de poésie ou de profondeur, évoquant des dystopies plus vives du cinéma et des littératures. John Boorman, Margaret Atwood et Arthur Miller, pour n’en citer que trois, l’ont fait avec plus de profondeur et de concentration, et dans le cas du dramaturge mentionné plus haut, avec plus de concision.
Ici, un monde de ségrégation des genres post-apocalyptiques est rendu avec des traits larges, souvent fantaisistes. *The Divide* est présenté comme un poème épique, une histoire orale du futur, mais sans esprit ni perspicacité , il ressemble à un conte de fées, chargé de clichés de science-fiction et de fantasy. Des personnages aux noms sans racines, la fin de l’histoire étant la fin de la géographie établie, la menace d’une vieille maladie maintenue vivante pour maintenir l’ordre social et politique – nous connaissons ces tropes comme de vieux amis, bien que nous aimerions moins voir de vieux amis.
La politique de la pièce d’Ayckbourn est confuse et déroutante. Elle se vante de références progressistes – les relations lesbiennes et homosexuelles deviennent les nouveaux défauts (en omettant le transgendérisme), mais au moment où l’ancien/nouvel ordre social s’effondre, nous avons régressé à une affirmation de l’hétéronormativité. Ce n’est pas l’impératif biologique qui rate la cible, mais plutôt l’attribution du mot « normal ». Un climax mièvre, si mièvre qu’il draine le sang de votre zone genrée, vous rappelle que l’amour est une chose fluide qui ne connaît pas de frontières, mais que quelqu’un a oublié de le dire aux personnages.
Lors de ma représentation, confronté à des erreurs techniques, le public s’est levé à la fin, ayant applaudi prématurément pour clore la pièce, en signe de gratitude et de sympathie envers Erin Doherty, qui, en tant que narratrice Soween (qui ressemble à Zoe de la rangée Q), portait l’ensemble sur ses épaules fines. Doherty est peut-être la seule raison positive de voir la folie d’Ayckbourn, tant son professionnalisme et sa chaleur sont grands. Sa prestation tendre transmet la naïveté qui caractérise toute l’entreprise. En résumé, elle fait le pont entre dramaturge et public. Ayckbourn aurait pu faire plus pour aider, mais rien ne devient plus *[The Divide](https://www.londontheatredirect.com/fr/play/2810/the-divide-tickets.aspx)* qu’une femme accomplissant tout le travail difficile.