Critique de Fiddler on the Roof - Un équilibre parfait entre tradition et transformation
Published on 4 June 2025
Jouée au Barbican, la production du Regent’s Park Open Air Theatre, lauréate d’un prix Olivier, a enfin un toit – mais avec des performances magistrales d’Adam Dannheisser, Lara Pulver et Hannah Bristow, et une chorégraphie palpitante de Julia Cheng, elle risque de tout faire sauter.
Un violoneux solitaire (Raphael Papo), perdu dans les mélodies de son fidèle instrument, joue dans un champ de cultures envahi par la végétation. La nature le griffe – désireuse de lui faire connaître sa place dans cet écosystème fragile – il se balance et respire au rythme des notes qui emplissent l’air. Comme dans un rêve, le champ de cultures s’élève, et il est suspendu en plein air. Le terrain est désormais le toit éponyme.
C’est une ouverture éthérée digne d’un conte de fées. Animée par le visionnaire scénographe Tom Scutt, la belle ouverture rend la destruction inévitable d’autant plus glaçante. Lorsque Tevye (Adam Dannheisser, nommé aux Oliviers) apparaît quelques minutes plus tard, il apporte le poids de la réalité auquel le violoneux, et la communauté, sont confrontés. Ils doivent gagner leur vie sans se casser le cou. Soudain, la scène majestueuse prend une nouvelle lumière – le lever rose du soleil est encore visible, mais il peut si facilement devenir plus sombre, d’un rouge sang. Le violoneux danse avec le danger, mais il danse tout de même. C’est un équilibre, et il semble avoir maîtrisé.
C’est là que Jordan Fein fait des comparaisons avec le violoneux, sa mise en scène de la sensation tant appréciée de Broadway, met parfaitement en valeur l’équilibre et est parfaitement équilibrée elle-même. Sans jamais basculer à un extrême ou à l’autre, sa production marche sur une ligne fine – jamais sentimentale, jamais amère. Cela évite la nostalgie et la politique ouverte. Bien que les parallèles modernes soient faciles à voir – surtout dans la scène où une foule russe attaque une célébration juive – Fein refuse d’utiliser sa scène comme tribune pour prêcher ou faire des conférences.

C'est joyeux. La chorégraphie de Julia Cheng est expressive, puissante et passionnée. Les danses d'ensemble – surtout lors du mariage et de la fameuse « danse de la bouteille » – sont palpitantes à regarder. Les membres s'agitent alors que les hommes et les garçons sautent, s'accroupissent, tournent et rugissent. Ils vivent le meilleur moment de leur vie, et le public qui regarde aussi. Énergiques et entraînants, il y a ici une liberté : de mouvement, d'esprit.
Il y a aussi un sentiment de liberté pour les protagonistes féminines. Les deux aînées des cinq filles de Tevye vont à l’encontre de la tradition et suivent leur cœur. Elles sont courageuses et tiennent tête au patriarche, même lorsque cela semble être un rêve inaccessible. Dans le cas de Tzeitel (Natasha Jules Bernard) et Motel (Dan Wolff), c’est littéralement inaccessible. Dans l’une des nombreuses scènes marquantes, le couple est assis à une immense table si grande qu’ils peuvent physiquement se toucher – même lorsque Motel contorsionne son corps comme un numéro de cirque, les pieds glissant sous la table pour se rapprocher de son amour, sa taille, pliée en double au bord, s’étirant désespérément les bras – il n’arrive pas vraiment à atteindre sa fille. Le père, à contrecœur au début, laisse ses filles se marier. C’est un triomphe pour l’amour et le féminisme. Ils ne sont pas vus comme des biens mais comme des personnes. Ils sont écoutés.
L’amour est également magnifiquement illustré dans « Sunrise, Sunset ». La grande salle ne brille qu’à la lumière des bougies – une lumière douce et intime pour une scène aussi pure. C’est un moment tendre qui montre les débuts tendres d’un amour jeune. Ce moment calme et réfléchi rend les événements à la fin du premier acte si inhumains.
Le Tevye d’Adam Dannheisser est attachant et magnétique. Il adresse les blagues de papa avec charme et apporte une véritable profondeur émotionnelle — aimant, fidèle et las, mais jamais caricatural. Il est complexe, pas une caricature comme les incarnations précédentes avaient tendance à le faire. Sa version de « If I Were A Rich Man » est un véritable moment fort, pleine à la fois d’humanité et d’humour.
Les trois filles aînées, Tzeitel, Hodel (Georgia Bruce) et Chava (Hannah Bristow), sont captivantes à regarder. Trio talentueux, leurs harmonies dans « Matchmaker » sont à couper le souffle. Les deux plus jeunes filles passent sans effort de l’innocence enfantine à l’angoisse lorsque Tzeitel leur annonce qui sont probablement leurs partenaires. Yente, la marieuse (interprétée avec une étincelle espiègle dans les yeux par la candidate aux Oliviers, Beverley Klein) est également impitoyable dans leurs opportunités. Quand l’un se plaint qu’un prétendant est chauve, on répond simplement « si tu veux des cheveux, épouse un singe »
Golde (UNE autre nominée aux Oliviers, Lara Pulver) incarne leur maman avec grâce, dévotion et détermination. Elle est discrètement puissante, et domine la scène chaque fois qu’elle y monte. Son duo avec Tevye, « Do You Love Me ? », est sincère et profond.
Plus d’un demi-siècle après sa première, la liaison entre le public et Le violon sur le toit ne montre aucun signe de s’éteindre. C’est un accord parfait – même Yente serait d’accord.
Fiddler on the Roof joue au Barbican jusqu’au 19 juillet 2025.

