Critique de The Years : Une célébration déchirante et affirmatrice de la féminité
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Le régisseur apparaît depuis les coulisses et la représentation est interrompue. Nous en sommes au tiers de cette production magnifiquement tendre et discrètement profonde. Mais c’est trop pour certains.
Cette interruption s’est produite plus d’une fois pendant la période *de The Years* , tant dans le West End que lors de la saison à guichets fermés de l’Almeida. Un murmure discret d’inquiétude parcourt le théâtre, les spectateurs se tortillent sur leur siège alors qu’une personne s’évanouit et que d’autres se sentent trop mal pour continuer à regarder. La scène en question n’est pas un spectacle d’horreur, ni une démonstration gratuite de douleur – ce que le public du Harold Pinter Theatre a l’habitude de voir ces dernières années – mais plutôt quelque chose de bien plus troublant : une femme, seule chez elle, subissant la dernière étape de l’avortement sans accès à des soins médicaux appropriés. Il n’y a pas de musique dramatique, pas de cris exagérés, pas de seaux de sang. À la place, il y a une tristesse silencieuse, et le poids de l’isolement alors qu’elle raconte l’un des moments les plus douloureux de sa vie. Sa réalité insupportable d’être laissée à souffrir sans aide.
Et pourtant, ici, au théâtre, l’aide arrive rapidement. Les huissiers se déplacent avec une précision experte pour aider ceux qui sont submergés, offrant le soin même que la femme sur scène est refusée. L’ironie est inévitable. Le public est physiquement bouleversé par le simple fait d’être témoin de ce que tant de gens ont dû endurer dans la vie réelle, pourtant la femme au cœur de cette histoire ne ressent aucun soulagement, personne ne se précipite pour soulager sa douleur. Il n’y a aucune sympathie à donner ensuite, juste du jugement et du dégoût.
La mise en scène de ce moment est délicate, traitée avec une précision émotionnelle qui refuse d’en faire un spectacle. Ce n’est pas une démonstration grotesque mais dévastatrice d’un humain, un moment qui persiste non pas à cause de ce qu’on voit, mais à cause de ce qu’on ressent. Et si c’est trop pour certains, cela ne fait peut-être que prouver sa nécessité.
C’est une pièce sur le temps. Comment nous la vivons, comment nous la gaspillons, comment nous essayons de la garder avant qu’elle ne s’échappe. Et comment, en fin de compte, le temps dans lequel nous vivons influence notre capacité à l’exécuter.
Adapté du roman épique d’Annie Ernaux, nous suivons la vie d’une femme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au début des années 2000. Nous assistons à sa première danse, et à ses fils adultes débattre des mérites des BlackBerries et des iPods à la même table où elle saignait autrefois.
Cinq acteurs incarnent la femme à différents moments de sa vie. Une vie qui se déploie rapidement devant nous comme si on feuilletait les pages d’un livre. Un livre que le personnage n’arrive jamais vraiment à écrire. À dix ans, elle déclare que si elle n’a pas publié de roman à 25 ans, elle se suicidera. Elle parle encore de l’écrire dans ses dernières années. Elle aspire à laisser quelque chose derrière elle—« à donner forme à un avenir dans lequel je suis absente. »
Si une vie peut être jouée par cinq acteurs extraordinaires, The Years suggère que sa vie n’est pas seulement la sienne. Elle est chaque femme. Elle vit sa première danse, son premier baiser, son premier moment de honte, son premier contact inapproprié. Elle désire, elle rêve, elle se bat pour être vue comme plus qu’un rôle — mère, fille, épouse. La pièce est aussi drôle, utilisant les chocs autant pour l'humour que pour l'inconfort – une chaussure et une nappe rétroéclairée sont utilisées avec grand effet pour montrer la première incursion de la femme dans le plaisir personnel, ce qui crée des vagues d'hystérie extatique dans l'auditorium. La pièce entrelace habilement le tragique avec le comique et le magnifiquement banal. C’est un portrait fidèle et intime de la vie, et des hauts et des bas que nous devons tous traverser en la traversant.
La production soulève de grandes questions : qui sommes-nous censés être ? Comment serons-nous rappelés ? The Years n’offre pas de réponse, seulement le douloureux rappel de ce que nous devons nous poser avant qu’il ne soit trop tard, et de profiter du temps dont nous sommes ici. Et quel plaisir de passer 2 heures en sa compagnie. J’encourage tout le monde à y aller.
[*The Years* est joué au Harold Pinter Theatre jusqu’au 19 avril 2025](https://www.londontheatredirect.com/fr/play/the-years-tickets).